Lake of Stew, déluge acoustique

Lake of Stew en showcase dans un endroit insolite.

Scène de grabuge à la cantine, les québécois de Lake of Stew (traduisez lac de ragoût) remettent l’old time folk music au goût du jour. Dans une ambiance à danser sur les tables, une foule d’instruments à cordes vrombissent en pagaille et accompagnent les chaleureuses harmonies du groupe. But de la manœuvre, balayer ta stupeur par une avalanche de riffs festifs et te donner envie d’attraper l’épaule de ton/ta voisin(e) pour mieux apprécier le spectacle. C’est la règle d’or que Richard, Mike et Brad, membres fondateurs de Lake of Stew, s’appliquent à suivre durant chacune de leurs prestations endiablées.

Soucieux d’une proximité maximale avec son public, Lake of Stew vante les mérites d’une musique 100% acoustique, pareille à celle des regrettés jug bands. Chaque fois que le lieu s’y prête, le groupe préfère laisser micros et amplis au placard. Pub, grange ou salle de concert, quand Lake of Stew vient jouer, en plus de passer un pur moment tu fais aussi des économies d’électricité…Mais le revers de la médaille, car hélas il y en a un, c’est que pour rester conforme a cette éthique du tout acoustique, les québecois rechignent à se produire sur de grosses scènes. La traversée de l’Atlantique pour venir rendre visite aux cousins français reste donc très improbable. Snif…

Mais ne soyez pas en reste, la consolation pointe le bout de son nez : les membres de Lake of Stew, qui se plaisent à bannir tout micro sur scène, heureusement ne s’en privent pas lors des sessions studio. En neuf ans de bourlingue, essentiellement dans les environs de Montréal, le sextuor a pris le temps d’enregistrer deux très bons CD. Le premier, Ain’t Tired of Lovin’, auto-produit, voit le jour en 2008 et joue à fond la carte de l’old time music avec des compositions bien trempées. Tous les morceaux qui y figurent ont été captés live chez l’un des membres du groupe, ambiance garantie.

Pour son second album, fraîchement intitulé sweet as pie (2009), Lake of Stew poursuit la voie du folk revival mais ne s’y perd pas pour autant : ce coup-ci la joyeuse troupe a bénéficié de l’expérience de Ken Whiteley, papy de la scène folk canadienne, qui a signé la réalisation. Le groupe s’est aussi trouvé un label, Dare to Care, qui lui a permis de gouter les joies d’un enregistrement studio professionnel. Mean shakin’ mama, premier single (extrait ci-dessous), témoigne à merveille de l’authentique son bluegrass qui en résulte…En attendant la suite, encore un peu de ragoût ?


Lake of Stew – Mean shakin’ mama

Page myspace du groupe

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Moriarty, après Jimmy

Moriarty pendant sa tournée au Japon

Le succès n’empoisonne pas toujours la créativité ! Quatre ans après Gee whiz but this is a lonesome town, premier opus acclamé de toute part, les cinq américanophiles de Moriarty remettent une couche et livrent The missing room, nouvelle pépite folk-bluesy. Isabella, premier single extrait de ce nouvel album, n’a pas à rougir face à son grand frère Jimmy. Le morceau sonne comme une promesse, celle de retrouver le groupe intact, mais avec l’expérience de la scène en plus.

Grâce à la notoriété apportée par leur précédent album, le quintette a beaucoup bourlingué et s’est offert une tournée internationale. Et c’est grâce à ce qu’ils ont vécu sur la route, comme le roman de Kerouac, que Moriarty parvient à fignoler des compos qui la tiennent, la route. Conscient du phénomène, c’est peut être la raison pour laquelle le groupe a décidé de faire les choses à l’envers cette fois-ci : d’abord la tournée, ensuite seulement l’enregistrement de l’album. Le résultat, c’est des morceaux qui ont pris de la bouteille, parce qu’ils ont su murir au grès des rencontres avec le public.

Á l’image des titres Mah-Jong et Roboto Hoshii, Moriarty ne s’est pas cantonné à ses seules influences ricaines et s’en est allé trouver l’inspiration au pays des samouraïs. Mais que les fans de la première heure se rassurent, tous les éléments qui font le style atypique de la formation sont toujours de rigueur : du solo d’harmonica doux et aérien, en passant par la guitare bottleneck, jusqu’au timbre enchanteur de Rosemary Standley, rien ne manque à The Missing room pour faire péter les charts français.

Tout comme dans le précédent album, un petit lot de personnages attachants vient peupler les différentes chansons, lesquelles comptent leurs histoires. Isabella, déjà évoquée au début de ce billet, est très vite rejoint par la terne Clémentine et l’arpège délicat de Beasty Jane. Quelques surprises aussi, par exemple lorsque surgit l’intro impeccable de The dark line in the middle of hope. Thomas Puéchavy et Charles Carmignac, respectivement harmoniciste et guitariste dobro, y entament un dialogue avec l’élégance et la simplicité d’un manish boy...De quoi apaiser les conflits intergénérationnels !


Moriarty – Isabella

Page myspace de Moriarty

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Seu Jorge, la pop s’invite chez la bossa

Parlons ciné. Peu habituel pour un blog de musique. Certes, mais gardez la tête froide ça vaut le détour. En 2003 sortait sur nos écrans La vie aquatique, 4éme long métrage de l’américain Wes Anderson. Une comédie poilante qui parodie sans réserve feu le commandant Cousteau, tout en lui rendant un hommage bien sympathique.

Petit bonus, la quasi totalité de B.O est interprétée par Seu Jorge, acteur et musicien brésilien. Particularité, l’artiste a été engagé pour adapter tous les standards de Bowie à la sauce bossanova et dans sa langue maternelle, le portugais. Quatorze morceaux au total, très intimistes parce qu’enregistrées tout en guitare voix, sans artifices. Mention spéciale pour Life on Mars, sublimée en somptueuse berceuse mélancolique par un Seu Jorge à la voix chaude et chargée d’émotion. Le tout, compté sur un arpège à la guitare classique des plus enchanteurs. Un pure plaisir pour les mirettes, et ce n’est pas le caméléon de la pop qui me contredirait. A en croire Wiki, Bowie aurait déclaré que le portugais ajoute un «niveau de beauté totalement inédit» à ses textes.

C’est vrai, la langue portugaise fait bon ménage avec la douceur, mais question jovialité, elle se défend pas mal non plus! Et spécialement quand elle est déclinée sur une succession d’accords majeurs. Réussite totale pour les reprises de Ziggy Stardust et Starman, qui doivent certainement dérouter plus d’un fan de Bowie, mais qui ont le mérite de donner une patate royale à ceux qui se laissent prendre au jeu.

A l’écoute des autres albums de Seu Jorge ça ne fait plus aucun doute, l’homme est totalement accro aux reprises! Un an après The life aquatic studio sessions, l’artiste remet ça et reprend Chatterton, un titre de Gainsbar, puis don’t, en hommage au king. Six années et un album solo plus tard rebelote, Seu Jorge s’associe au trio Almaz et revisite une fois de plus les chansons de ceux qui l’ont influencé. De Michael jackson à Roy Ayers, jusqu’à Kraftwerk, les morceaux défilent naturellement sur des rythmes samba. En y prêtant une attention moyenne, on y voit que du feu. Preuve que le mélange, aussi détonnant soit-il, fonctionne à merveille.

Je vous vois venir, alors je dis: «halte au catalogage!». Seu Jorge n’est pas qu’un simple champion de la cover. A 40 ans passé, le brésilien fait figure d’un homme de scène averti, fort d’une belle expérience dans la musique et le cinéma (La cité de Dieu, Swing & Samba-Rock…). Deux passions qui rythment son parcours artistique depuis ses débuts à l’adolescence, et qui ont su le préserver de la violence omniprésente des favelas ou il a grandi.

Après sa collaboration au sein des groupes Farofa Carioca et Planet Hemp (plutôt hip hop pour le coup), Seu Jorge à mis les voiles et vogue désormais en solo. Depuis 2001, il a sorti quatre albums, tous salués par la critique qui le comparent aux références brésiliennes du genre, de Jorge Ben à Gilberto Gil. Bon vent l’ami.


Seu Jorge – Life On Mars

Page myspace de Seu Jorge

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Dan Auerbach, pour chanter au coin du feu

Lorsque le leader du duo blues-rock The Black Keys décide de mener sa barque en solo ça donne Keep It Hid, un excellent premier album à la saveur folk rock parfaitement maîtrisée. Quatorze titres qui valent tous autant leur pesant de cacahuètes, du rocambolesque I want some more, jusqu’à l’appaisant When the night comes. J’allais oublié le sublime Trouble Weighs a ton, interprété ci-dessous avec un autre barbu, Dante Schwebel, membre d’un groupe texan du nom d’Hacienda.

Sur scène, Dan est accompagné des Fast five, qui sont ni plus ni moins Hacienda rebaptisés pour l’occasion. En revanche, c’est tout seul comme un grand qu’il a enregistré l’intégralité des pistes de son premier opus, révélant au passage un talent de multi-instrumentiste qu’on ne lui soupçonnait guerre. Si l’ensemble sonne un peu old school, c’est parce que les prises de son ont été faites façon vintage, en analogique, dans son propre studio situé à Akron dans l’Ohio.

Un studio que le guitariste exploite à merveille, puisque parallèlement à sa vie d’artiste déjà bien remplie (six albums avec son acolyte Patrick Carney des Black Keys, dont le très réussi Brother l’année passée, plus quelques collaborations), il trouve encore le temps de jouer au producteur: on lui doit la découverte de plusieurs groupes, orientés blues pour la plus part, dont certains commencent à se faire une bonne place dans la nouvelle scène américaine. Radio MoscowBuffalo KillersBlack Diamond Heavies, ou encore Brimstone Howl sont de ceux-là.


Dan Auerbach – Trouble Weighs A Ton

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The Black Box Revelation, psychédéliquement rock

Non content de la crise politique qui agite leur pays depuis plusieurs mois, le tandem belge The Black Box Revelation enflamme la scène rock locale : Set your head on fire, du nom de leur premier opus disponible depuis 2007, dont la pochette à l’esprit très punk fait son petit effet.

Mais ne vous y meprenez pas, Jan Paternoster et Dries Van Dijck dégainent une musique tout ce qu’il y a de plus rock, quitte à s’aventurer un chouïa sur le territoire plus technique du blues. C’est la direction qu’ils ont choisi pour leur second album, Silver Threats, déjà disponible depuis le début de l’année dernière.

Les Black Box Revelation ont vraiment la pêche et refusent net de faire dans la dentelle. Plus qu’une attitude, une véritable nature d’esprit : l’énergie débordante d’une jeunesse survoltée qui a horreur de se prendre au sérieux, le tout allié à une certaine esthétique de la nonchalance et de la désinvolture. Tout un art que Jan et Dries semblent prodiguer naturellement, fidèles à leur façon de faire de la musique.

Et pour ce faire, quoi de mieux qu’une configuration minimale. Une simple association entre un batteur et son guitariste. Popularisés par les white Stripes ou autres Black Keys , les duo rock ont terriblement la côte ces dernières années, sans doute parce qu’il permettent une expression musicale sans contraintes à leurs membres. Pour les Black Box Revelation, ça se résume par des compos psychédéliquement rock portées par une créativité débordante, un cocktail vraiment explosif.

A défaut d’être des artistes chevronnés (moins de 25 printemps pour les deux amis), les Black Box Revelation ont pu acquérir très rapidement une solide notoriété. Plusieurs récompenses viennent saluer la fougue de leur musique, dont la dernière en date, un titre de meilleur artiste de l’année aux Music Industry awards, augure pleinement des beaux jours qu’ils ont devant eux.


The Black Box Revelation - High on a wire

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The Swell Season, une affaire qui roule

Voilà un petit groupe folk bien sympathique, avec des mélodies aériennes qui donnent envie de voyager. The Swell Season gravite autour de deux personnages aux voix très complémentaires, Glen Hansard et Marketa Irglova. Continuer la lecture
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La Maison Tellier, dynamite les genres

La Maison Tellier. Première impression, un blase qui craint du boudin…Mais pas tant que ça après tout : le groupe tient son nom d’une nouvelle de Maupassant, digne représentant de la littérature française (remember vos années lycée).

Sans prétention, Helmut et Raoul, fondateurs du groupe en 2004, confient dans une interview pour  le site Soul Kitchen : «on n’est pas centré non plus dans la référence à Maupassant, si on pousse le parallèle c’est pour son écriture simple, qui va facilement vers les gens. Pas besoin d’avoir de dictionnaire ou d’autres connaissances pré requises pour accéder à ce qu’il veut dire. »

Pas besoin non plus de les entendre se justifier pour comprendre qu’ils disent vrai : Á  l’image de leur dernier album, L’art de la fugue, La maison Tellier regorge d’influences. Celles-ci s’avèrent même très éloignées les unes des autres, quitte à semer le trouble lorsqu’elles se rencontrent. C’est l’effet produit sur des compositions comme La peste (référence au roman éponyme de Camus), où un air country côtoie un chant qui scande nonchalamment tous les ravages de la terrible maladie (juste énorme!).

Dans le genre iconoclaste, La Maison Tellier s’était déjà illustrée lors de ses deux précédents albums. En 2006, c’est sans concession qu’elle s’autorisait une subtile reprise du tubissime Killing in the name à la sauce country. Là encore, exercice réussi!…Du côté des autres morceaux en anglais, c’est à dire environ la moitié de ce que le groupe produit, l’ensemble n’est pas aussi marquant. Exception notable pour Five Years Blues, qui combine blues et trompettes, une autre invention savoureuse du collectif.

Deux mots encore sur Babouin (en vidéo ci dessous), Composition énigmatique qui ouvre L’art de la fugue. Pas de confusion des genres pour ce morceau, mais une instru à la mandoline qui laisse totalement  pantois!


La Maison Tellier – Babouin
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Noir Desir ne reviendra jamais

Les nostalgiques de Noir dez le resteront sans doute à jamais. Le retour tant attendu des quatre bordelais est sans espoir depuis l’annonce de la dissolution du groupe hier par le batteur Denis Barthe, qui précisait s’exprimer au non de tous les membres. Cette décision survient le lendemain du départ de Serge Teyssot-Gay Continuer la lecture
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Rodrigo y Gabriela, dos virtuosos

Deux guitares sèches, pas de chant, mais un espace sonore comblé par une technique de jeu exceptionnelle. Rodrigo Y Gabriela, 3 albums studio au compteur, est un duo flamenco mexicain aux influences rock très marquées (cent pour cent jouissif!). Continuer la lecture
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Ray Lamontagne est de retour

Ladies and gentlemen, please welcome to the new Ray Lamontagne. Exit les fringues de bucheron, les cheveux gras et la barbe en friche des débuts de l’artiste. Faites place à Ray l’élégant, veston et chapeau de dandy vissés au corps, accompagné de son nouveau groupe country folk, The Pariah Dogs. Continuer la lecture
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Asaf Avidan, voix hors norme

Si Janis Joplin et Jeff Buckley avaient eu un rejeton, celui-ci chanterait probablement de manière comparable à Asaf Avidan. Ce jeune Israélien de 30 ans, accompagné de son band, les Mojos, est sans conteste l’une des voix les plus étonnantes de la musique actuelle. A son écoute, On croirait entendre une diva rock doublée d’un chanteur névrosé (dans le sens positif du terme, s’il existe). Certains artistes possèdent la puissance vocale d’un éléphant, d’autres une sensibilité de crooner, Asaf Avidan se paye le luxe d’avoir les deux ! Ghost before the wall, le morceau qui suit, extrait de son premier album The Reckoning , en est une démonstration très convaicante.

Asaf Avidan distille un folk rock assez peu original dans l’ensemble, mais celui-ci est nettement rehaussé par son imposante présence scénique, ainsi que par sa voix polymorphe : initialement, l’artiste étudiait à l’Ecole d’Art Nationale d’Israël en vue de doubler des personnages de dessins animés. Personnellement, je suis assez heureux qu’il ait finalement décidé de changer voie pour nous révéler sa voix.


Asaf Avidan – Ghost before the wall

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Ben Howard, bouscule les apparences

Imaginez le sosie de Tom Frager, à la seule différence qu’il aurait du talent pour la composotion de folksongs. Ce jeune homme existe, il est anglais, et son nom c’est Ben Howard. Continuer la lecture
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